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La Pérouse

Le Moyen-Âge n'est pas un âge moyen !

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Suite à notre conversation, Acid', voici un petit bréviaire vassalique.

 

Le vassal était un homme libre (donc non serf) lié à un suzerain (le seigneur qui concède un fief à son vassal) par un serment.

 

C’est au VIIIe siècle qu’apparut le mot vassal (vassus, vassalus, peut-être du celtique gwas, qui signifie "homme"). Le vassal succédait à l’antrustion (chez les Francs et les Mérovingiens, un homme libre, généralement noble, qui jurait fidélité au roi et l'accompagnait dans ses campagnes militaires) et au comitatus (militaire fidèle à l'Empereur, faisant partie de sa garde ou de son escorte ; par extension, cela incluait l'armée en campagne, puis, plus tard, les dignitaires de l'Eglise tenant d'une propriété terrienne) : c’était un homme libre, uni à un homme riche et puissant appelé "seigneur" par un lien spécial résultant de la commendatio (la recommandation), une cérémonie symbolique qui était ensuite constatée par écrit. C'est l'origine de la féodalité.

Durant le Haut-Moyen-Âge, cette recommandation servait à se lier une clientèle de fidèles autour du seigneur. Ce dernier leur confirmait ainsi, de jure, leurs droits de propriété sur une terre ou la jouissance d'une terre attribuée lors de la cérémonie ; c'était le beneficium (le bienfait, le bénéfice). Les deux parties contractaient un lien aussi moral que légal : le seigneur devait à son vassal  la protection, le « recommandé » avait une série de devoirs à observer : service militaire, aide économique, conseil et assistance. Le maintien du beneficium était intrinsèquement lié au serment, qui engageait la foi (de fides, fidélité) et l'hommage du recommandé. Le vassal, pour conserver son titre et ses bienfaits, s’engageait donc par serment à servir le seigneur toute sa vie.

 

La hiérarchie de l’Etat carolingien était fondée sur cette fidélité, sur ce serment, qui créait un lien personnel du sujet au roi. Au IXe siècle, dans la décadence de la monarchie carolingienne, l’Etat lui-même, incapable de faire face efficacement à ses obligations administratives, judiciaires et policières, favorisait donc la formation, entre particuliers, de liens analogues, établis sur le serment. Le service militaire surtout se trouvait facilité par cet expédient : en cas de guerre, le roi faisait appel à ses vassaux, qui, eux-mêmes, mobilisaient leurs vassaux. Le capitulaire de Mersen (847) ordonna que tout homme libre dût avoir comme seigneur le roi ou l’un de ses fidèles (pour résumer simplement : un homme libre est toujours l'homme d'un autre, qui lui est supérieur ; sauf le roi, qui est l'homme de Dieu). Le roi devenait ainsi le seigneur des seigneurs de son royaume. Cette diffusion de la vassalité provoqua une désintégration de la souveraineté : l’homme libre, jadis lié au roi, n’était plus lié personnellement qu’à son seigneur et c’est par l’intermédiaire du seigneur qu’il obéissait au roi – ce qui pouvait avoir des conséquences graves en cas de désobéissance des grands vassaux.

Très vite, il y eut une connexion étroite entre vassalité et bénéfice : pour récompenser le dévouement de son vassal, le seigneur lui attribuait une partie de ses domaines, le fief, qui pouvait toujours être retiré en cas de violation du serment de vassalité (la nature du fief vint à évoluer au cours du temps ; ce pouvait ainsi être un bien meuble ou immeuble, corporel ou incorporel). A l’origine, ce bénéfice était révocable à la mort du bénéficiaire ; dans les faits, dès la fin du IXe siècle, l’hérédité du bénéfice était devenue chose acquise (capitulaire de Kiersy-sur-Oise, 877).

 

A l’époque "classique" de la féodalité (à partir du XIe siècle), la cérémonie de l’hommage, qui avait remplacé la recommandation, comportait quelques éléments symboliques officiels : le vassal, à genoux et sans armes, mettait les mains dans les mains de son seigneur (la dation des mains, ou immixtio manuum) et se déclarait son homme pour tel fief (le volo). Le seigneur le relevait et lui donnait le baiser de la paix (l'osculum), ou l’accolade, ou encore un soufflet (assez violent), et le vassal prêtait serment sur l’Evangile. L’investiture du fief était symbolisée par la remise, faite par le suzerain au vassal, d’un bâton, d’une lance, d’un rameau, etc. On distinguait l’hommage lige, intégral, et l’hommage plane, rendu lorsque le vassal, déjà engagé dans l’hommage d’un seigneur, recevait un bénéfice d’un autre seigneur ; d’autre part, on distinguait encore les vassaux directs, qui tenaient immédiatement leur fief du seigneur suzerain, et les arrières vassaux, appelés vavasseurs, qui le tenaient d’un seigneur déjà vassal lui-même.

Le vassal avait des obligations plus nombreuses et codifiées qu'à l'époque mérovingienne :

1. il ne devait évidemment rien faire qui allât contre l’intérêt de son suzerain ;

2. il devait à celui-ci le consilium (le conseil) et notamment le service de cour, (d’habitude le seigneur réunissait trois cours annuelles – à Noël, à Pâques et à la Pentecôte – pour exercer avec l’assistance de son conseil, la justice féodale) ;

3. il devait encore, pour un laps de temps fixé, assurer la garde de la maison de son seigneur (service d’estage) ;

4. il devait l’auxilium (les aides) dont, en premier lieu, le service militaire, dit ost et chevauchée, service dû, à l’origine sans limite de temps, mais qui fut de plus en plus remplacé par le service de quarante jours, ou « quarantaine » (avec possibilité de rachat et de remplacement). L'auxilium impliquait aussi une "aide aux quatre cas" : le vassal devait payer la rançon de son seigneur en cas de capture, il participait aux frais d'adoubement de l'aîné de son seigneur, il devait apporter une contribution au mariage de la fille aînée de son seigneur et il avait obligation de financer en partie le départ de son seigneur à la Terre Sainte ;  

5. il avait aussi des obligations particulières qui dérivaient de la nature du fief (entretiens, comptage des feux, etc.).

Mais en échange le suzerain devait un secours total au vassal.

La rupture du lien de vassalité entraînait la commise, ou confiscation du fief (les Anglais en firent plusieurs fois l'expérience pour leurs possessions continentales, prix à payer pour que le duc de Normandie, accessoirement roi d’Angleterre, ne soit plus le vassal des Capétiens puisse être souverain), ou du moins le séquestre ; au XIIIe siècle, les trois cas habituels de commise étaient le suicide, le désaveu et la félonie (l’abandon du fief était assimilé au suicide).

 

(note pour plus tard : éviter l'imparfait, le pasé simple et le subjonctif qui va avec)


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Spéciale dédicace à Anduniel : "moyenâgeux" !


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  • Moyen-âgeux, moyen-âgeuse.
A.− Du Moyen Âge, relatif au Moyen Âge. L'ingéniosité des guerriers moyen-âgeux à se verser des huiles bouillantes sur la tête par le mâchicoulis (Barrès, Jard. Bérén.,1891, p. 64).
B.− Qui évoque les formes, les mœurs de la civilisation médiévale. Sardou, figure tourmentée, malheureuse, cabossée, moyenâgeuse, embryonnaire, l'air d'un écolâtre de la rue du Fouarre et d'un modèle de Leys (Goncourt, Journal,1865, p. 135).Vous savez que j'ai quitté mon grand roman pour écrire une petite bêtise moyenâgeuse qui n'aura pas plus de trente pages. Cela me met dans un milieu plus propre que le monde moderne et me fait du bien (Flaub., Corresp.,1875, p. 279):
Pourtant, après avoir réfléchi, elle répondit que c'était « moyenâgeux ». Elle entendait par là qu'il y avait des boiseries. Proust, Swann,1913, p. 244.
Rem. P. oppos. à médiéval, qui est neutre, moyenâgeux implique souvent un jugement un peu péj.
REM. 1.
Moyenâgé, -ée, adj.,rare. Du Moyen Âge. À gauche sur une colline s'élèvent les ruines moyenâgées d'un château (Chateaubr., Mém.,t. 4, 1848, p. 301).Je suis ici l'opinion du jour, en supposant l'ogive, arabe-gothique ou moyenâgée d'origine (Chateaubr., Mém.,t. 4, 1848p. 339).
2.
Moyenâgiste, adj. et subst.(Personne) qui admire ou étudie le Moyen Âge. Les châteaux de Chambord, de Blois, d'Amboise (...) sont d'admirables monuments où respirent les merveilles de cette époque si mal comprise par la secte littéraire des moyen-âgistes (Balzac, Martyr calv.,1841, p. 87).Voir Id., Muse départ., 1844, p. 73.
3.
Moyenâgisme, subst. masc.Engouement pour la civilisation médiévale. C'est de cette époque [napoléonienne], c'est du succès du style troubadour et du style cathédrale que date, en France, la passion du bric-à-brac et du bibelot ancien. Un « moyenâgisme » exaspéré, véritable furor gothicus, s'empare, tant à Paris qu'en province, de toute une société (Kunstler, Art XIXes.,1954, p. 33).
4.
Moyenâgeusement, adv.Dans le goût, dans l'esprit du Moyen Âge. Ma petite historiette (religioso-pohêtique et moyenâgeusement rococo) avance un peu (Flaub., Corresp.,1876, p. 234).
Prononc. et Orth. : [mwajεnɑ ʒø], [-na-], fém. [-ø:z]. Ac. 1935 : -â-; DG, Rob. : -â-; Lar. Lang. fr. : -â- ou -a-. Étymol. et Hist. 1. 1863 moyenâgeux « qui aime le Moyen Âge » (Goncourt, Journal, p. 1302 : nous étions simplement moyenâgeux); 2. 1865 id. « qui se rapporte au Moyen Âge » débris moyenâgeux (Id. ds R. Ling. rom. t. 26, p. 19); 3. 1865 id. « qui a le caractère, le pittoresque du Moyen Âge » une figure tourmentée... moyenâgeuse (Goncourt, op. cit., p. 135). Dér. de moyen âge*; suff. -eux*.

 

:D :D :D


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C'est marrant, Maicool, je pensais à toi en postant... Et j'ai même cherché une image à colorier. Et j'ai pas osé. Je me suis dit : "nan, il va mal le prendre". :D


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T'as eu raison de t'abstenir.

Non pas que je risquasse de m'en offusquer.

Mais y'a certaines images que je comprend pas non plus :shrek.001:


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Il le prend toujours mal.

 

Toi et Andu,ou vous allez très bien vous entendre, ou vous allez vous taper dessus ! :-]

 

Mais moi je m'entends toujours très bien avec tout le monde. Si je n'avais pas ce défaut cette qualité qu'est la misanthropie, j'aurais certainement déjà un ou deux prix Nobel.


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Bon, puisque je suis lancé... Celle-là, c'est pour ceux qui moquent le Moyen-Âge :

 

Le terme de Moyen-Âge est apparu au XVIe siècle pour désigner ces dix siècles qui, telle une longue parenthèse, avaient séparé la période d’épanouissement de la culture classique que représentait l’Antiquité gréco-latine et la Renaissance. On peut donc considérer que l’idée d’unité du Moyen-Age s’est d’abord appliquée de manière essentiellement négative, aux plans culturel et intellectuel. Etendue à l’étude des évènements de la société, elle est depuis lors restée profondément ancrée dans l’historiographie malgré certaines remises en cause partielles.

 

Il serait toutefois exagéré de penser que le XVIe siècle a rejeté l’ensemble de l’héritage médiéval : les humanistes étaient en grande partie les héritiers des philosophes du siècle précédent, comme Jean Gerson. La littérature chevaleresque, dont la lecture n’était pas réservée qu’au seul public bourgeois ou aux enfants, ainsi qu’en témoigne Montaigne, connut jusque 1550 une large diffusion - toute proportion gardée, évidemment - et continua d’alimenter les rêves, voire les fantasmes d’une partie de la noblesse. L’art ne s’émancipa que lentement des canons gothiques. Enfin, l’on continua d’enseigner la scolastique dans les Universités.

 

Cependant, l’évolution de la société rendit de plus en plus étranger aux hommes de la Renaissance les modes de pensée et de vie médiévaux. La Réforme, puis la Contre-réforme, rendirent largement obsolète la pensée religieuse médiévale et permirent l’éclosion de formes artistiques nouvelles. La sédentarisation des cours royales, le développement des villes et les progrès de la bourgeoisie, désormais souvent propriétaire de seigneuries rurales, la hausse des prix consécutive à une circulation monétaire accrue et, parallèlement, la dépréciation des redevances féodales, enfin l’évolution des techniques guerrières achevèrent de désorganiser la société vassalique et féodale, dont les rites ne furent bientôt plus compris. A partir de la fin du XVIe siècle, le Moyen-Âge fut donc progressivement rejeté dans l’obscurité des « temps gothiques », où il demeura quasi ignoré pendant presque un siècle.

 

La naissance des études médiévales peut être datée  des travaux de Du Cange, en littérature, puis des bénédictins de Saint-Maur (vers 1680) qui mirent au point la première méthode de critique des documents médiévaux. Celle-ci appliquait à un matériau autre que classique ou biblique des principes inspirés de l’Humanisme (je pense ici à Dom Mabillon). Le Moyen-Âge (MA) devint ainsi l’objet de recherches savantes, mais il demeura méprisé des philosophes des Lumières qui, tel Voltaire, n’y voyaient que barbarie et obscurantisme. Mais c’est peut-être grâce à cette opprobre, reprise à son compte par la Révolution, qui le confondait avec la féodalité abhorrée, que le MA a suscité l’enthousiasme des Romantiques au XIXe siècle, qui exaltèrent sa sauvagerie primitive. La fondation de l’école des Chartes en 1821 et les travaux menés parallèlement dans de nombreux pays d’Europe permirent de dégager progressivement le MA des fantasmes littéraires.

 

L’historiographie romantique, relayée par l’histoire littéraire et par l’histoire de l’Art, et partiellement sous-tendue par une représentation idéologique qui voyait dans les envahisseurs barbares les ancêtres des nobles francs, s’est attachée principalement à débusquer dans les documents, même les plus tardifs, des éléments anciens qui pourraient permettre de reconstituer une histoire des origines des nations, comme le fit Augustin Thierry. Par réaction contre l’esprit des Classiques, les historiens romantiques tendirent en outre à surévaluer les caractères nouveaux de la civilisation médiévale au détriment de l’héritage antique. Ils donnèrent ainsi du MA l’image d’une période barbare, dont le lien avec le classicisme romain est sous-estimé mais, comme les philologues traquant dans les romans du XIIe siècle les vestiges des civilisations celtiques et germaniques, ils s’intéressaient peu à ses caractères propres. Au contraire, les historiens positivistes de la seconde moitié du XIXe siècle (Michelet et Lavisse en tête), adeptes des grandes synthèses comme le fameux "nos ancêtres les Gaulois", virent d’abord dans le MA la période de formation des nations, progressivement dégagées du modèle universel romain puis des cadres féodaux sous l’action des monarchies soutenues par la bourgeoisie : l’histoire médiévale, surtout politique et évènementielle, s’attachait alors prioritairement à déterminer la véracité des témoignages qu’elle utilisait, par la critique "positive" - c’est-à-dire scientifique - dégagée des préjugés et de l’interprétation. C’est en tout cas de l’historiographie de ce XIXe siècle qu’est née la périodisation traditionnelle entre un Haut MA, temps de mise en place et d’affermissement de la société féodale vassalique, et un Bas MA, temps de crises et de montée de la bourgeoisie.

 

Dès les années 1930, les travaux des historiens de l’école des Annales renouvelèrent profondément les études médiévales, en y inscrivant de nouveaux objets (comme l’histoire des mentalités) et de nouvelles approches : le recours aux documents primaires (archives écrites, relevés topographiques...) permit ainsi de totalement reconsidérer la question de l’émergence d’une chevalerie héréditaire autour de l’an Mil (George Duby). Entre mille autres exemples de ces fécondes remises en cause, on sait aussi désormais que, contrairement aux idées reçues, la fin du MA fut une période raffermissement des cadres féodaux de la seigneurie rurale.

 

C’est sur cette lancée que se poursuivent depuis les années 1950 les recherches en histoire médiévale. Elles explorent la culture, les attitudes mentales, les modes de vie à travers les textes de toute nature, des images et des fouilles archéologiques. Depuis la fin du XXe siècle, elles s'intéressent aux champs scientifiques exploratoires d'une approche historique totale : géohistoire médiévale, micro-storia signifiante, croisements inter-scientifiques (humain, social, sociétal, intellectuel, militaire, structurel...), etc. Bref, mille ans d'Histoire ne tiennent pas en deux mots.


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Tout ceci est très beau, mais quand on y réfléchit, enlevez les superbes costumes, le beau parler, les écussons et les châteaux, et vous obtenez un joli système mafieux.

 

Ce qui me fait toujours penser à ce dialogue du premier épisode d'Amicalement votre:

 

 

Danny Wilde: "Alors, comme ça, vous êtes "Lord" ? Qu'est-ce que ça veut dire, ce truc ?"

 

Lord Brett Sinclair: "Ca veut dire que mes ancêtres ont été assez malins pour se lancer dans le brigandage avant les autres".  ;-) 


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Ce qui est frappant, avec le moyen-âge (et d'origine sans doute scolaire), c'est qu'on en a une vision souvent très amalgamée alors qu'il y a eu des époques très différentes (et pour certaines qui sont fort méconnues en raison du travail de déconstruction des générations suivantes).

La plupart des gens connaissent vaguement quelques dates, parfois l'événement associé, sans aucune idée de la situation de l'époque.

 

J'ai toujours été frappé, lorsqu'à l'occasion je me documente sur une période (à des fins rôlistiques), par la richesse à 100 ans près du moyen-âge.

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Ce qui est frappant, avec le moyen-âge (et d'origine sans doute scolaire), c'est qu'on en a une vision souvent très amalgamée alors qu'il y a eu des époques très différentes (et pour certaines qui sont fort méconnues en raison du travail de déconstruction des générations suivantes).

La plupart des gens connaissent vaguement quelques dates, parfois l'événement associé, sans aucune idée de la situation de l'époque.

La faute à l'enseignement scolaire pendant des décennies lié aux visions de Ernest Lavisse.


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Marrant comme l'intervention du sire Disaster est à côté de la plaque ... (mais bon, il est suisse, ne lui en voulons donc pas) : je te charrie beaucoup, mais plus sérieusement, tu es bien là l'exemple de deux problèmes dans la pseudo culture actuelle :

 

- interpréter la vie des peuples anciens en fonction de caractéristiques contemporaines voire en fonction d'aspects idéologiques contemporains que tu valides/rejettes/qui t'influencent

 

- interpréter de manière totalement anachronique : comparer le système féodal à un système mafieux, c'est anachronique ... je comprends ce que tu veux dire, mais dis le plus correctement, à l'envers, ce qui ainsi serait l'endroit (et je m'arrête là, sinon je sens que je vais faire du Devos). Donc, "le fonctionnement de la Mafia ressemble au fonctionnement du système féodal". Est-ce pour autant issu l'un de l'autre ? Non pas, la Mafia étant apparue dans une Italie du XIXe siècle qui avait été déféodalisée depuis déjà un moment. D'ailleurs, si on veut faire des comparaisons, le système mafieux ressemble plus au clientélisme romain de l'antiquité qu'au système féodal, ce qui est culturellement plus cohérent. La Mafia est une association criminelle organisée selon un système hiérarchique strict, avec des relations personnelles directes mais aussi opaques, ce qui lui permet une plus grande chance de survie. De plus, cette organisation a comme méthode (parmi d'autres) d'infiltrer voire influencer à son profit les institutions et les cadres de la société civile. Aucun rapport donc avec la féodalité et son fonctionnement, à part la pyramide vassalique. Si je reprends ta manière de procéder, je pourrais en arriver à dire que la pomme est comme l'orange, tout cela parce que j'ai remarqué qu'elles sont arrondies et de même taille toutes les deux.

 

Ce que La Pérouse a oublié de préciser, (bouh c'est mal), c'est pour quelles raisons on a peu à peu mis en place en Europe de l'ouest le système féodal (je lui laisse le soin de se rattraper). Et s'il a évoqué la part de ses origines germaniques, il en a oublié la part romaine (l'honorum par exemple, qui était pris très au sérieux, au Moyen Age, et dont les restes sont aujourd'hui en si mauvais état), part qui était une caractéristique fondamentale.

Edited by Anduniel

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Andu??  Cadeau >>

MOYENÂGEUX !!!!!!!!!!!!!! Sinon c'est quand qu'on se la fait cette réunion consulaire? Qu'on inaugure not' belle basilique "valfoutrique" (que je préfère à "valfoutrienne" pour d'évidentes raisons !! !)

 

 

(Ceci était une parenthèse [cadeau beubob!!])

 

Vous pouvez reprendre la conversation .


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1. Marrant comme l'intervention du sire Disaster est à côté de la plaque ... (mais bon, il est suisse, ne lui en voulons donc pas) : je te charrie beaucoup, mais plus sérieusement, tu es bien là l'exemple de deux problèmes dans la pseudo culture actuelle

 

2. Ce que La Pérouse a oublié de préciser, (bouh c'est mal), c'est pour quelles raisons on a peu à peu mis en place en Europe de l'ouest le système féodal (je lui laisse le soin de se rattraper). Et s'il a évoqué la part de ses origines germaniques, il en a oublié la part romaine (l'honorum par exemple, qui était pris très au sérieux, au Moyen Age, et dont les restes sont aujourd'hui en si mauvais état), part qui était une caractéristique fondamentale.

1. Je pense qu'il plaisantait, hein... Après sa comparaison n'est pas nécessairement un sophisme.

 

2. Mince, faut que je complète ma copie alors ? Concernant les origines, j'ai parlé des Francs (ouais, ce sont des Germains), mais tout le décorum mérovingien est romain, hein, du vocabulaire (tu auras noté, sans doute, que le vocabulaire est latin, pas allemand) à l'inspiration impériale (et au "fieffage" qui pourrait s'apparenter, en toute mesure, à l'usage des imperatores de la fin de la République, qui distribuaient l'ager publicus à leurs soldats, clientèle fidelisée, tu en conviendras encore, je pense). Pour ton "honorum", parles-tu de l'honneur, biais cognitif relayé par la littérature contemporaine (id est médiévale) et par des générations d'historiens candides, ou du cursus honorum des magistratures publiques de la Rome antique, ou encore du fons honorum pseudo-chevalresque, qui n'avait d'honneur que celle de faire briller une cour d'armures clinquantes ? J'avoue que ce n'est pas clair, là.

 

Mais je m'interroge. Tu es médiéviste ?

Edited by La Pérouse

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Pire, prof d'histoire ! :-D

Et un qui connait bien son sujet, c'pour ça que je disais que vous allez vous aimez ou vous tapez dessus. :-]

 

 

Tiens Pelouse, la question qui me tarabuste, tu joue à Crusader ?

Edited by Valfoutre

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Puisque Anduniel est trop flemmard pour s'attaquer à la diffusion du modèle médiéval occidental, je m'y colle (pas sûr que quelqu'un lise ça) :

 

C’est au cours des Xe et XIe siècles que se dégagèrent du cadre carolingien les principales structures politiques, économiques sociales et mentales de l’Occident médiéval. Elles constituèrent pour l’ensemble du monde médiéval un modèle qui se répandit progressivement, mais de manière inégale, à travers toute l’Europe.

 

La désagrégation du pouvoir carolingien sous Charles le Chauve et ses successeurs dérive d’un ensemble complexe de plusieurs causes, qu’on peut résumer, pour faire simple, par l’adaptation du cadre politique franc, constitué autour du lien personnel entre le roi et son représentant local, le fameux comte, aux circonstances du temps : rivalités entre princes carolingiens, désorganisation générale des communications du fait des raids normands, pénuries de numéraire qui obligent les rois à payer les comtes en leur gageant les revenus de leur domaine (l'or est bloqué dans l'Orient, l'argent en Europe), puis en leur remettant à titre viager, puis héréditaire, les domaines eux-mêmes, et à leur abandonner de facto la puissance régalienne de juger, de mener campagne, voire même de battre monnaie.

 

Au cours des Xe et XIe siècles, les princes territoriaux, héritiers des comtes carolingiens, durent aussi déléguer leur autorité régalienne à leurs fidèles, des hommes libres suffisamment riches pour entretenir des chevaux et une compagnie, et posséder des armes. Ils leur confièrent la garde d’un château, d’abord simples palissades entourées d’un fossé puis constructions de plus en plus fortes, bientôt en pierre, dont se couvrait petit à petit  l’ensemble de l’Europe occidentale, contre des services, en particuliers militaires, qui furent codifiés et limités. Le lien ainsi établi se concrétisait par un hommage du vassal à son seigneur, et par la remise d’un fief de la part du seigneur (lire plus haut). Ces deux institutions, serment vassalique et remise de fief, devinrent rapidement indissociables et le fief, de viager, devint, comme je l'ai expliqué, héréditaire (je rappelle que la reprise du fief n’étant autorisée que dans de très rares cas). Autour de l’an Mil se constitua ainsi une chevalerie héréditaire. Bien.

 

Parallèlement se confirmait un mouvement dont les prémices étaient apparues dès l’Antiquité : les paysans libres renonçaient à la pleine propriété de leur terre au profit d’un puissant qui, contre le versement de redevances ou de corvées, leur garantissait la sécurité. Par ailleurs, les puissants fixaient sur leurs domaines leurs anciens esclaves. Ainsi naquirent la seigneurie, qui devint le cadre principal de l’exploitation rurale, et le servage, dont, en Europe occidentale, la disparition presque totale se produisit au XIVe et XVe siècle (avec des survivances en Europe de l'Est jusqu'à la fin de la Russie tsariste).

 

Vassalité, féodalité, seigneurie, servage ne suffisent toutefois pas à rendre compte d’une société où se confondaient le politique et le spirituel. Le sentiment profond d’une appartenance commune au peuple de Dieu, défini par sa seule foi religieuse, explique les élans missionnaires ou les conquêtes sur les Infidèles qu’a connu le MA. La foi religieuse est omniprésente dans la vie médiévale. Elle impose ses règles à tous (Paix de Dieu, Trêve de Dieu, je développerai si nécessaire) et, s’appuyant sur la crainte de la mort, omniprésente, pose les limites étroites de la liberté individuelle. La société médiévale, encadrée par la hiérarchie féodale, par l’Eglise et par la morale chrétienne, n’est pourtant pas uniforme. Elle connaît ses marges (les sorciers, les fous, les bandits, les mendiants...), parfois secrètes, souvent inoffensives, sauf les grandes hérésies du XIIIe siècle. Elle a aussi ses moments de défoulement, aux origines païennes à peine masquées : carnavals, fête des fous,.. qui dégénèrent parfois en émeutes. Se représentant elle-même dans un cadre rural (le château, le village, les champs, la forêt, le chemin), elle a enfin les plus grandes difficultés à dépasser la contradiction profonde entre l’image idéalisée qu’elle se donne et d’elle-même et qui s’insère dans un cadre seigneurial et chevaleresque, et la réalité d’une société multiple où coexistent villes et campagnes, serfs et paysans libres, chevaliers et bourgeois.

 

Une place particulière doit être faite à la vie de l’Eglise, séculaire ou monacale, qui s’organise comme une société qui se veut à la fois modèle et accomplissement de toute société humaine. Référence morale, l’Eglise est la dépositaire du savoir à travers les grands monastères bénédictins (Cluny, Cîteaux) et, à partir du XIIe siècle, l’organisatrice de sa diffusion au monde laïc, via les universités qui introduisent dans la société féodale une hiérarchie des valeurs faisant une part moindre à la violence.

 

Le modèle chevaleresque, bien qu'idéalisé, domine cependant la société. Répandu par les prêtres et les moines, les croisés et les marchands, véhiculé par les chansons de geste, les romans de chevalerie, les jongleurs, les troubadours et les trouvères, reproduit sur les chapiteaux des églises, dans les miniatures des manuscrits, sur les tapisseries, connu par les tournois, il s’impose d’autant mieux que l’Occident, et particulièrement la France, fournit nombre de ses princes à l’Orient européen. Par alliances familiales ou conquêtes, l’Angleterre, la Sicile, la Bohème, la Palestine, la Hongrie connaissent ainsi le règne de princes ou de princesses issus de France qui introduisent la civilisation chevaleresque - de chevalerie serait plus judicieux - et tentent d’acclimater dans leurs nouveaux domaines la seigneurie et la féodalité occidentales.

 

En matière économique également, le MA s’organise en quatre mouvements : un temps de repli progressif (1) de la production et du commerce, aggravé par la conquête arabe (rappelons que les Sarasins débarquent en Espagne en 732), qui laisse place à une longue période d’expansion démographique (2) vers le Xe siècle ; cet essor va de paire avec l’extension des surfaces agricoles par le défrichement et la renaissance des échanges commerciaux par le biais des foires. A partir du XIIe siècle, la multiplication des échanges (3) permet l’enrichissement de grandes cités marchandes – Venise, Gênes, la Hanse – et industrieuses comme les villes de Flandre ou de l’Italie du Nord. Malgré le net recul que connut le XIVe siècle, période de la Grande Peste et, en France, de la guerre de Cent Ans, le MA s’achève sur un nouvel élan démographique et économique (4) dans un cadre bouleversé par la conquête turque et les grandes découvertes.

 

Cependant, même si elle peut avoir influencé le monde islamique, par le biais de l’Espagne, de la Sicile et de la Palestine, la civilisation médiévale reste confinée à l’Occident chrétien (l'influence de la connaissance du monde d'Islam, qui a amalgamé une partie de la connaissance antique classique, est bien plus pregnante). Ses contacts avec Byzance restent placés sous le signe d’une méfiance réciproque que le sac de Constantinople et le partage de l’Empire, en 1204, ne feront qu’aggraver, entraînant une coupure durable entre l’Occident et le monde orthodoxe. C’est pourquoi il n’est pas vraiment opératoire d’appliquer le terme "Moyen-Âge", irréductible à un seul des éléments qui définissent la société médiévale, à toute autre civilisation que celle de l'Occident chrétien (pourtant, nous le faisons tous).

 

Le MA est donc un âge aussi riche qu’il est long. Les mutations qu’entraîna cette période s’inscrivent encore dans les pensées actuelles, dans la construction de nos identités culturelles, artistiques, sociales et religieuses, mais aussi dans nos figurations mentales d’une idée de l’Europe comme entité unique, même si protéiforme. Le MA n’est en aucune manière une période d’obscurantisme et de barbarie. Ces deux postulats qui ont longtemps été l’apanage de la phase médiévale s’expriment à travers toute l’Histoire et à travers toute la planète, et ce quelle que soit l’époque. Je pense que de ce point de vue sémantique, nous sommes tous d'accord.


Modéré par AnonyFrog: merci de poster des images en https uniquement.

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Marrant comme l'intervention du sire Disaster est à côté de la plaque ... (mais bon, il est suisse, ne lui en voulons donc pas) : je te charrie beaucoup, mais plus sérieusement, tu es bien là l'exemple de deux problèmes dans la pseudo culture actuelle :

 

 

Hé oui... 724 ans d'histoire sans un seul jour dirigé par un monarque quelconque. Nous autres Helvètes sommes désespérément démocrates et viscéralement roturiers... ce qui ne nous empêche pas de ressentir une trouble fascination pour les aristocrates de tout poil et de nous passionner pour le sujet, d'ailleurs.

 

Mais oui, je réitère: le système vassal/suzerain est essentiellement mafieux. Je te "protège", moyennant quoi tu m'"appartiens" et tu me dois une fidélité sans faille - et en attendant, tondons la laine sur le dos des braves péquins qui habitent sur notre territoire sous prétexte de les "protéger"... les Parrains modernes n'ont rien inventé, et continuent d'ailleurs à se gargariser d'Honneur, de Courage et de Fidélité. Qui plus est, la Mafia des origines (XVIème siècle si je ne me trompe) était calquée sur la société de son époque, et à cause de sa nature clandestine, ses structures n'ont guère changé.

Edited by MajorDSaster2000

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[...]

Le vassal était un homme libre (donc non serf) lié à un suzerain (le seigneur qui concède un fief à son vassal) par un serment.

[...]

 

Tu as oublié le vilain comme homme libre. Qui en échange de taxe(s) exploitait une part déterminée des terres du seigneur et pouvait y construire immeuble.


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Hé oui... 724 ans d'histoire sans un seul jour dirigé par un monarque quelconque. Nous autres Helvètes sommes désespérément démocrates et viscéralement roturiers... ce qui ne nous empêche pas de ressentir une trouble fascination pour les aristocrates de tout poil et de nous passionner pour le sujet, d'ailleurs.

 

Mais oui, je réitère: le système vassal/suzerain est essentiellement mafieux. Je te "protège", moyennant quoi tu m'"appartiens" et tu me dois une fidélité sans faille - et en attendant, tondons la laine sur le dos des braves péquins qui habitent sur notre territoire sous prétexte de les "protéger"... les Parrains modernes n'ont rien inventé, et continuent d'ailleurs à se gargariser d'Honneur, de Courage et de Fidélité. Qui plus est, la Mafia des origines (XVIème siècle si je ne me trompe) était calquée sur la société de son époque, et à cause de sa nature clandestine, ses structures n'ont guère changé.

Paraît qu'on mange encore du chat en Suisse ...

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